Robert Dehoux, je me présente :
- né au Congo en 1926 (Lubumbashi)
- découvre, en 1932, l’Europe et ses écoles primaires sur fond de crise économique et de père au chômage
- sort de polytechnique (Université Libre de Bruxelles) en 1949
- retour au Congo en 1951 : 3 ans de Brousse avec l’Institut Géographique, suivis de 6 années de Socony-Mobil avec découverte de la Générale, ses mécanos, ses diesels et ses caterpillars à soutirer le cuivres de Kipushi, le diamant de Bakwanga, le manganèse du BCK et autres matières premières à faire rouler urbi et orbi des mécaniques sophistiquées. Découverte, par la même occasion, des USA via le staff de Mobiloil NY à l’angle de la 6ème avenue et de la 42ème rue
- 4 janvier 1959, Kinshasa se soulève. Kasavubu et Lumumba, surtout Lumumba, me font percevoir d’un coup le négatif de mes ingénieuries. Un déclic se fait en moi. Mai 59, je démissionne, rentre à Bruxelles et fais une croix sur la technologie au nom et au service de quoi je m’étais jusqu’alors investi.
- reconverti dans la restauration, délivré du contrôle des Sociétés dites Anonymes, dès 1960 le hasard m’acoquine avec Attila Kotanyi, un situationniste à part entière qui me présente Debord, Vaneigem, Bernstein, Wijckaert, Viénet et autres membres de l’Internationale Situ. Et du même coup je me retrouve dévorant leur Revue ainsi que les Marx, Hegel, Stirner, Nietzsche, Lefèvre, Freud, Reich au autres référence psycho-, socio- polito-logistes, faisant la connaissance d’un monde complètement étranger à mon passé récent – et tout heureux de me croire ainsi en train de participer à la critique radicale de cette situation qui exigeait des machines, du pétrole et du cuivre, en même temps que des colonisateurs et du prolétariat
- 1963-1964, problème : mes Situs voient la solution de tous les maux dans l’avancée technologique en train de nous expédier, le bulldozer sous la pédale, aux quatre coins de la planète – « à condition toutefois,m’enseignent-ils, de gérer collectivement plutôt que privativement le tout ». Autrement dit, je me rends compte qu’ils veulent du beurre mais n’aimeraient pas devoir traire les vaches. Ou encore, comme Vaneigem le dit, qu’ils ont la cybernéticienne et fourriériste idée de construire « un monde de maîtres sans esclaves ». Bref, j’ai devant moi des révoltés ignorant tout de la technique et de ses implications logiques, et qui conjuguent allègrement la robotique avec Messie. De sorte qu’après avoir dû fuir l’industrie par raison subjective, je me retrouve là semblablement contraint de fuir l’avant-garde par raison objective.
- trois ans passent. Soixante-huit survient et le bla-bla contestataire généralisé, tenant lieu d’autogestion, révèle son impuissance à permettre de manger sur des nappes sans devoir ensuite faire la lessive. Tandis que, pour ma part, je profite de l’implosion pour prendre définitivement conscience de ma qualité de non-être politique – et pour prendre une décision : celle, désormais, de tout penser et de tout faire pour insérer DADA dans la philosophie et dans le monde de l’Histoire, ce monde dont les robots d’une part et les Situs de l’autre venaient de m’apparaître comme le recto et le verso d’une même réalité – une réflexion dont je vous livre ici la somme et qui m’a effectivement permis de conclure :
Merde alors, quelle Histoire !
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