tract
1 Culture contre nature
tract 2 Assurer l'avenir, c'est anéantir
le présent
tract 3 Banalités écologiques
de base
tract 4 Le sens de l'histoire ou la logique
de l'absurde
tract 5 Vie fossile
tract 6 Nécessaire et superflu |
tract 1
Culture
contre nature
Laissons parler notre mémoire
biologique. souvenons-nous du jour où nous sommes nés. Nous étions
chacun potentiellement l’égal de ces va-nu-pieds qui durant des
milliers de siècles ont engendré notre chromosome. Ainsi, pendant
quelques minutes, avons-nous pu nous croire cela - jusqu’à ce qu'un
premier Pampers nous colle la crotte aux fesses, nous signifiant somme toute,
par des inflammations et des démangeaisons, qu'une production qui va
de soi peut fort bien se tourner contre soi. Et c’est ainsi qu’à
l’âge d'une heure à peine, nous recevions notre première
leçon de maintien - de maintien de l’Ordre, bien entendu.
Chasseurs, pour communiquer à nos enfants l'envie de chasser, on se fiait
à leur nature. Travailleurs, ce que nous communiquons par le sexe se
réfute par la Culture.--
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tract 2
Assurer
l'avenir, c'est anéantir le présent
La
chute dans l’Histoire
On a coutume de croire que l'histoire
prolonge la préhistoire avec les moyens accrus que l'invention de l'agriculture
nous a permis de produire. C'est méconnaître une évidence
: culture et prédation sont deux activités qui, bien qu'ayant
en commun pour but de nourrir ceux qui les exercent, obéissent intrinsèquement
à des ordres différents: la culture vise des objectifs qui ont
besoin de temps pour se réaliser, la prédation des objectifs présents;
l'une se pense en fonction de ce qui sera (peut-être), l'autre de ce qui
est. Ainsi ces deux activités définissent-elles des comportements
inconciliables par principe, l'un exigeant de maîtriser le cours des choses,
l'autre de les laisser suivre leur cours au rythme où elles nous ont
créés, nous et notre milieu.
En cela se trouve toute la différence, et l'origine de nos problèmes.
Car, que nous faut-il faire pour que l'avenir nous apporte ce que nous en attendons
alors qu’en fait nous ne disposons jamais que du moment présent
pour tenter de l'influencer? quoi, sinon structurer l'espace avec tout ce qui
s'y trouve afin que rien ne survienne qui puisse contrarier nos plans? Structurer,
c'est à dire enfermer et emmurer, canaliser et détourner tout
ce qui bouge, exclure de notre environnement l'animal ou la "chose"
qui risquent de nous faire manquer nos buts -de sorte que nous voici canalisés
nous-mêmes dans des conduites forcées, solidement emmurés
dans la routine et l'uniformité, installés dans un monde idéalement
pensé pour nous mettre à l'abri des surprises. Au point que, couverts
d'assurances comme nous sommes, le hasard même ait été domestiqué
et ne risque pas de nous conduire à l'aventure!
Comment, après cela, nous étonner que notre ennui soit institué?
et que, pour nous distraire du décès de chacune de nos journées
de travail, nous nous soyons vu forcés de chercher dans la fiction et
dans la drogue cette dose d'émotions fortes dont nous avons tous essentiellement
besoin ? --
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tract 3
Banalités
écologiques de base
Progrès, civilisation, histoire,
se confondent matériellement avec un processus au cours duquel - complète
et foudroyante métamorphose d'une Terre vierge en une Terre cultivée
- nous allons transformer de plus en plus radicalement nos milieux d'origine
en un monde de travail, pensé et réalisé par le travail,
pour le travail. Ainsi, nés dans un environnement qui nous rappelle de
moins en moins nos propres origines pour n'évoquer que le travail, les
sacrifices et les efforts dont il est fait, va-t-il de soi que nous soyons trompés
par l'objectivité des choses qui nous entourent, continuions comme des
zombies à le transformer, c'est à dire à le rendre, et
à nous rendre ipso facto plus méconnaissables de génération
en génération.
Les discours qui se disent "responsables" offrent du Progrès
des représentations qui se veulent globalement positives. Certes, il
leur arrive d'observer, et de faire observer, que "toute médaille
a son revers", mais, pesant le pour et le contre, ils déclarent
que le pour l'emportera toujours. Confiants dans le "génie humain",
ils croient en notre capacité d'éliminer les unes après
les autres par des progrès de la technologie toutes les nuisances présentes
et à venir causées par la technologie, de telle manière
que celle-ci réussirait à nous offrir éternellement plus
(et mieux) qu'elle ne nous prend -à nous comme au reste du monde.
En fait, ils postulent implicitement que si nous avons produit les choses que
nous utilisons (et qui finalement constituent l'essentiel de notre environnement),
c'est qu'il allait littéralement de soi que nous les produisions et que
nous nous en servions - tant et si bien que nous partons du fait que l'usage
de nos acquis, du Capital, de notre matériel accumulé, est entré
dans nos moeurs, pour en conclure que ledit usage serait en quelque sorte l'expression,
l'extériorisation et la réalisation concrète du tréfonds
de notre nature "humaine"! Un peu comme si nous supposions implicitement
que nos ancêtres auraient été mus par une force intérieure
qui leur aurait donné la soif de boire un jour coca-cola, de piloter
Mercedes et de se dorer quinze jours par an au grand soleil des Bahamas ! D'ailleurs,
ne parlons-nous pas couramment des inventions qui sont entrées par milliers
dans nos usages et notre environnement comme d'authentiques "découvertes",
sous-entendant ainsi que lesdites choses auraient depuis toujours existé
à l'état virtuel dans l'inconscient de notre chromosome.
Cela dit, que Diable nous manque-t-il encore aujourd'hui pour que nous éprouvions
cette sensation rater "quelque chose", un « manque » dont
l'Industrie se sert d'ailleurs pour motiver la recherche de nouveautés
toujours plus neuves?
Mais, en fait, ce discours ne recouvre que la partie visible et officielle d'une
réalité qui a sa face cachée. Ainsi, prenons l'exemple
de la fourchette. Faute de l'avoir inventée, il va de soi que nous mangerions
avec les doigts comme le faisait encore n'importe lequel de nos ancêtres
il y a moins de trois cents ans. L'abandon des fourchettes nous ramènerait
donc à manger de cette manière, c'est à dire comme le font
encore le plus naturellement du monde nos enfants aussi longtemps que nous les
laissons faire. Mais, ceci dit, telle ne serait pas la seule conséquence
qu'aurait sur notre savoir-vivre la disparition desdites fourchettes: nos "besoins"
de tiroirs pour les ranger, de détergent, d'eau et de temps pour les
laver, d'argent pour les acheter et de pub pour les vendre, de travail pour
produire, vendre et acheter tout ce qui permet de nous en servir, autant de
besoins qu'automatiquement nous n'éprouverions plus - et il s'ensuivrait,
par surcroît, moins de polluants dans nos rivières, d'encombrement
de notre espace, de stress relatif à notre "pouvoir d'achat",
d'efforts à produire pour convaincre nos enfant à manger "comme
il faut", et un supplément de temps libre pour tout le monde, ...avec,
bien entendu, plusieurs milliers de chômeurs de plus. Et ce qui est vrai
de nos fourchettes l'est pour la plupart des choses qui nous sont soi-disant
devenues "nécessaires", alors qu'en réalité elles
ne sont nécessaires qu'au Progrès, c'est à dire à
une fiction pure et simple.
C'est partant d'observations de ce genre que l'écologie peut devenir
politique et se traduire en véritable programme d'action: Si le chômage
fait peur au point que nous faire trouver "juste" de nous contraindre
à produire littéralement n'importe quoi à seule fin de
créer des emplois, c'est forcément qu'il se trouve une lacune
dans la conception même de la société et de son organisation.
Et cette lacune la voici: nous manquons du moyen institutionnel qui nous permettrait
de nous répartir entre tous le temps libre des chômeurs, de telle
sorte que tout le monde profite de ce temps libre et que personne ne voie sa
survie menacée par le chômage.
L'existence d'un tel moyen décongestionnerait la société
dans son ensemble. Elle se traduirait ipso facto par une mise en question de
chaque objet, de sa "valeur d'usage", du travail nécessaire
à le produire, à l'entretenir et à l'utiliser. --
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tract 4
Le
sens de l'histoire ou la logique de l'absurde
Quel sens y a-t-il à créer
des emplois alors que le chômage est dû à la surproduction?
Quel sens, sinon donner à chacun de quoi mériter le droit de profiter
avec bonne conscience des "bienfaits de la société".
Et s'il y a trop de tout, qu'importe: créons des emplois improductifs,
ou, mieux encore, inventons-en dont la fonction consistera à détruire
ce que d'autres produisent. Arrangeons-nous pour que certains gagnent leur vie
à défaire ce que d'autres gagnent à faire, et nous aurons
automatiquement le plein emploi!
Certes on aurait raison de trouver absurde une telle gestion. Mais elle ne date
pas d'hier. L'armée des dignitaires, militaires, fonctionnaires, et autres
curés, tous grands consommateurs d'équipements et de services,
de bâtiments, d'armes, de forteresses et de prisons, de palais, de monuments,
de temples et de mille autres "richesses", cette armée travaille
depuis Sisyphe à démolir nos surplus d'énergie, le seul
fruit tangible de l'opération étant cette "chose" étrange
que nous appelons POUVOIR, étrange en ce sens que, plus elle nous fatigue,
plus elle se renforce, plus elle nous prend de temps, plus elle en dispose elle-même
-singulière alchimie qui transforme les surplus en tyrannie, la tyrannie
en ce que Bataille a justement nommé "la part maudite", et
la-dite part en moyens destinés à nous neutraliser les uns les
autres, à nous faire construire un monde ABSURDE, à nous contraindre
à l'habiter, ainsi qu'à nous faire croire que nous n'avons jamais
rien eu de mieux à faire!
Bref, si nous voulons rester logiques avec la pratique qui donne à l'Histoire
son véritable "sens", nous devrions cesser de dire que le chômage
est dû à la sur-production, mais qu'il l'est en fait à la
sous-destruction. Telle est en effet l'une des leçons que nous pouvons
tirer de nos deux dernières guerres mondiales: grâce à elles
nous avons connu la paix sociale et le plein emploi, en raison même du
fait qu'à des moyens de production plus efficaces, elles faisaient LOGIQUEMENT
correspondre des moyens de d'annihilation plus rapides. Tout çà
pour dire que si nous n'arrivons pas détruire assez vite de nos jours
tout ce qui sort de nos usines par les moyens conventionnels de la consommation
courante, il nous reste un espoir de plein-emploi: nous pouvons toujours compter
sur une guerre nucléaire pour reconstituer en 24 heures le stock de travail
dons nous croyons avoir tellement besoin. Après tout, ce ne serait là
qu'une manière plus expéditive de continuer à perdre notre
vie à la gagner!
Pour
nous dégager de l'absurde, sachons d'abord l'identifier! --
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tract 5
Vie
fossile
Chasser, pêcher,
courir les bois exigeaient le plein emploi de nos sens. "Sauvages",
nous avions en effet besoin de toutes nos facultés pour assurer notre
survie. Un son, une odeur, une lueur, un contact, toute sensation tenait lieu
d'information et faisait l'objet d'interprêtation. Ainsi, nos sens n'étaient-ils
pas seulement source de plaisir mais aussi de survie. Grâce à eux,
nous faisions UN avec le monde, et le moins qu'on puisse dire c'est que, devenus
ce que nous sommes, nous nous retrouverions dans la situation de nos ancêtres
"primitifs" comme d'authentiques analphabètes de l'oeil, du
nez, de l'oreille, de la bouche et de la peau. Bien entendu, nous serions capables
de percevoir ce qu'un Pygmée perçoit, mais nous ne le serions
pas de l'interprêter, de "lire" sa forêt et de nous en
nourrir. Car, en fait, nos sens ne nous aident pas à gagner notre bouffetance.
Ils nous inviteraient plutôt à fuir nos lieux de travail qu'à
y rester. Aussi les détournons-nous vers le "plaisir" et les
réservons-nous à l'appréciation de produits culturels visant
à nous endormir plutôt qu'à nous ouvrir les yeux.
Bref, enserrés dans le béton, comme nous le sommes, les animaux,
les plantes et nous, avec nos sens adaptés à la brousse , que
sommes-nous donc devenus, sinon des fossiles vivants de la vie authentique. --
etour |
tract 6
"La vie sera
quotidienne ou ne sera pas" (Henri Lefèvre)
le
nécessaire et le superflu !
Il nous suffit de considérer
la "pub", sa forme et son discours, pour nous convaincre du rôle
déterminant joué par nos prétendus besoins dans la "valorisation"
de notre production industrielle - et pour nous apercevoir, par la même
occasion, que nous sommes réduits à l'état de présentoirs,
de "faire-valoir", de porte-manteaux au bénéfice de
marchandises qui, à tout prendre, sont à nos jouissances ce que
les poupées gonflables sont à la masturbation!
Nos "besoins" d'accessoires sont-ils si essentiels à nos yeux
qu'ils "justifient" de nous plier au régime sévère
du travail en usine (pour les produire), et de nous battre sur le plan des salaires
(pour nous permettre de les acheter)? Est-il sain de trouver normal que, pour
avoir de quoi manger, nous puissions dépendre de notre capacité
de produire avec sérieux des bagatelles?
Ecologiquement, nous disons:
Si un produit est un gadget, le travail auquel il correspond ne vaut pas mieux,
les luttes visant à obtenir de quoi l'acheter sont du même ordre,
et le système qui valorise le tout n'est lui-même pas sérieux.
Mieux vaut ne rien faire que faire des riens qui se retrouvent à la poubelle
ou à la casse après ne nous avoir finalement servi qu'à
"tuer le temps"; mieux vaut nous partager le temps avant qu'il soit
tué.
Cessons de perdre notre vie à la gagner!
Mettons en cause les objets, le prétendu besoin que nous en avons, les
pièges tendus en leur faveur par la publicité!
Soulageons-nous de la soi-disant nécessité de gagner de quoi acheter
ce qui est à la fois consommateur d'espace et de temps, et générateur
d'encombrement, de règlements, et de réveille-matin!
Attendons-nous à redécouvrir l'essentiel en nous débarrassant
de l'accessoire!
Bref, faisons ensemble tout ce qu'il faut pour qu'il soit enfin possible de
profiter de nous-mêmes plutôt que des produits du sacrifice que
nous faisons de nous-mêmes, nous fondant pour agir sur la certitude que
nous trouverons :
Sous
les pavés, la plage! sous le rimmel, la femme! et sous le superflu,…
l'éternel présent! --
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