Neutraliser
le maton de faction, s'emparer de ses clés, ramper dans l'ombre
et passer nuitamment les murailles, c'est le plan d'évasion
des taulards conformistes. Il ne vaut pas tripette! Une ronde est
avancée, une clé vient à manquer, un obstacle
imprévu intervient, et c'est râpé, René!,
on est bon pour le mitard, toutes portes refermées sur nos
rêves envolés.
Ah foutre-dieu! n'est-il pas cruche de rester ainsi à la merci
d'un rien, quand il s'avère si enfantin de s'évader
tranquillos, au grand jour, tous ensemble, les doigts dans le nez.
Comment? Simplement en convenant que des clés sans serrures
n'étant que de risibles bouts de ferraille, ce ne sont pas
les clés qu'on doit faucher, mais les serrures qu'il faut boucher.
Avec leurs clés inutilisables, les matons ne seront plus que
des pitbulls sans dents acculés à ouvrir au chalumeau
nos cellules mastiquées. Y aura qu'à les laisser faire
et nous serons dehors. La contagion opèrant, les autres prisons
se boucheront! Et les procureurs teigneux ne sachant plus où
nous mettre ne pourront plus nous poursuivre.
Cela dit, est-ce vraiment faire la belle que de sortir d'Alcatraz
pour se retrouver coincés dans le "monde libre".
Tous au servage et au chômage! tous sous la coupe de règles
et de rites bêtes à manger du foin! tous trouduculisés
à perpète par l'Internationale des pompeux cornichons
soucieux de verrouiller nos désirs! Voilà la Société
à laquelle nous nous sommes patiemment donné droit!
Alors, alors, assez de génuflexions! Par Chéri-Bibi,
il n'y a pas à s'évader seulement des Q.H.S. mais aussi
de nos cellules familiales et autres bagnes quotidiens: le travail
forcé, le réflexe zombie, l'ennui gluant.
Que les prisonniers que nous sommes tournent en bourrique les porte-clés
que nous sommes par ailleurs! Détraquons illico ce qui nous
traque.
Une allumette dans les trous d'Yale, un virus dans le computer, un
jet d'encre dans l'horloge pointeuse, une erreur dans les comptes,
une alerte à la bombe, un trait de goudron dans l'œil
des caméras-espions, un filet d'huile dans l'automate des banques,
un sac d'urine dans le courrier du fisc, ou un rond de bock dans l'étiqueteur
des autoroutes, ... il existe mille et une manière poilantes
de pratiquer la libre expression.
Inutile donc de gueuler pour bien nous faire entendre. Il suffit d'introduire
ni vu ni connu des bâtons dans les roues de la machine à
fabriquer les cons.
À ceux qui trompettent: «Mais alors ce sera le chaos»,
répondons de conserve: «Si s'évader, se décoincer,
ne plus faire comme "ils" le veulent, jouer des tours pendables
aux dieux, aux maîtres et contre-maîtres et n'avoir plus
à frayer qu'avec des sacripants procédant de même,
si ça c'est le chaos, eh bien, mille bombardes!, vive le chaos.»