Les Hooligans de la Finance
"Le niveau de vie des Américains ne se négocie pas "
Gorges Bush, Nouvel Observateur — 24 octobre 2002
La Friclande se divise en différentes Nations et celles dont le billet de Banque n’a cours nulle par ailleurs constituent le Tiers Monde. Très divisé et très peuplé, le Tiers Monde est en perpétuel état de manque. Une situation dont le Gros Pognon — celui dont les billets ont cours partout - profite pour faire produire plein de choses à l’aide de riz comme carburant et de bols comme unité de mesure. Plein de choses qui se retrouvent dans les Pays d’où sortent les vrais Billets. Déménagement dont il résulte des manifestations dans le Tiers Monde semblables à celles auxquelles les "damnés de la terre" s’étaient livrés dans le Vieux en invoquant le Socialisme. Autant de conflits résolus en leur temps grâce à la production de masse dont les Grosses Boîtes ont profité pour développer fabuleusement leurs chiffres d’affaire et leur rayon d’action jusqu’à l’étendre au monde entier — le résultat étant qu’il n’y a plus d’Indiens ni plus de forêts à foutre en l’air. Et donc que le Vrai Pognon exige cette fois de ses nouveaux "damnés" qu’ils restent à tout jamais "damnés". C’est qu’en effet, il n’a pas le choix : ou bien ce sera le bordel chez lui ou bien ce sera le bordel ailleurs. De là qu’il entretient l’indignation hors des frontières en vue de profiter du fait que beaucoup sont prêts à faire n’importe quoi pourvu que ça paye - comme par exemple à fabriquer des "cluster bombs" et autres nouveautés de ce genre, ou bien encore à se rendre sur place dans le pour enseigner leur mode d’emploi. Et cela, bien entendu, sans oublier les Kissinger qui n’hésitent pas à fabriquer des Pinochet, des Mobutu et autres généraux pour rétablir la Paix Sociale chaque fois que ça bouge dans leurs pays - en échange, bien entendu, d’une ouverture discrète de comptes en Suisse et de tickets d’accès gratuits aux titres de Wall Street. Mais cela dit, du fait de la croissance, les cubes de la modernité risquent toujours de s’encombrer. Et c’est pourquoi les Hooligans de la Finance font faire de plus en plus de choses dont chacun pourra se servir hors de chez lui - des choses qui pour cette raison sont qualifiées "d’utilité publique". Et pour se faire une petite idée de ce que tout ça représente, il suffit d’observer le Vieux-Monde du hublot d’un Boeing. À côté de tout ce qui peut se voir ainsi — déluge de lumières, d’autoroutes, de ponts, de tours, de buildings, pas un espace qui ne soit aménagé, équipé, structuré - les Pyramides et le Mur de Chine passeraient inaperçus. Malheureusement, malgré tous ces efforts, le chômage menace encore. La multiplication des bombes jetées dans le Monde ne suffit pas à l’enrayer. Si bien que pour éviter d’avoir encore une fois recours à un 14-18 comme ce fut le cas en 40-45 pour assurer le travail, le Pognon a eu l’idée de profiter de la curiosité qu’éveille chez les sur-développés l’existence de grands espaces sous-développés pour mondialiser le Charter. Charter par le hublot duquel chacun peut trouver la confirmation du fait que son Agence avait raison en lui laissant entendre que dès son arrivée il allait, pour trois fois rien, pouvoir se faire cirer les bottes ou se trouver une paire de fesses à sa pointure.Mais cela dit, si favorables que soient les taux de change, ces voyages ne durent qu’un temps. Un temps après lequel chacun reprend sa vie "normale". Ce qui ne va pas sans retombées. Ainsi, par exemple, à la masse des photos souvenirs chères à Kodak, s’ajoutent au retour les M.S.T. - Maladies sexuellement transmissibles - et tout particulièrement le SIDA dont se nourrissent de plus en plus de cliniques et de scientifiques. Contracté pour trois fois rien dans le Tiers Monde (où grâce aux chemins de fer datant de la colonisation il se diffuse d’ailleurs jusqu’au fin fond de la brousse) le virus en question tire parti de la libido de ses porteurs pour prendre pied sur le Vieux Monde et se propager sans crier gare dans les plumards de la modernité. Une occurrence dont le Pognon profite bien sûr pour faire sa pub. Ainsi, met-il l’accent sur sa participation au financement de la recherche médicale et des capotes anglaises - dispositifs dont la diffusion dans le Tiers-Monde ne risque toutefois pas de se faire étant donné leur prix — au grand soulagement d’ailleurs du Souverain Pontife qui, soucieux des intérêts de la Pharmacopée et de l’avenir des Sciences, préfère viser la guérison qui crée de l’emploi que la contraception qui ne manquerait pas d’en supprimer. Bref, le S.S.F. (Sida Sans Frontière) doit l’essentiel de son succès clinique et médiatique à l’aéronautique. De sorte que, en plus de ce qui précède, ce virus sans entrave est promoteur de Conférences de haut niveau — des Conférences bien entendu rendues possibles par la Boeing Corporation. Comme par exemple celle de Barcelone où il a été constaté - dixit le Secrétaire Général de l’O.N.U. - que le virus donne "du pain sur la planche aux 15.000 meilleurs penseurs en la matière réunis en ce lieu à l’occasion de leur 14ème Conférence internationale sur la question" - les 13 précédentes n’ayant en effet servi à rien vu que, comme l’ont déploré lesdits penseurs eux-mêmes, "en Afrique, en Chine et en Russie le fléau se propage de façon effrénée" en précisant que "95 pourcents des séropositifs vivent dans les pays en voie de développement"Lesquels sont dit Sous-développés, hormis toutefois dans le domaine des infections et des famines où, au contraire, ils sont à l’avant-garde, comme en attestent d’ailleurs les multiples implantations de M.S.F. Cela dit, outre des photos et des virus, le tourisme a d’autres retombées dont le Pognon profite pour développer ses services d’utilité publique. Ainsi, par exemple, les aller-retour de l’armada de ses Boeing exerce sur les paumés de Kinshasa la même fascination que celle exercée naguère en brousse dans l’esprit de leurs Vieux voyant leurs villages d’origine traversés de nuages de poussières soulevés par des bagnoles. D’où venaient-elles? Où allaient-elles?  Curieux de l’apprendre, désireux de connaître ce monde qui faisait des miracles, espérant sans nul doute y être mis dans le secret, ils ont, de tous côtés, franchi les horizons pour finalement se retrouver par millions dans de minis bidons-cubes, réduits pour la plupart à l’état de cire-bottes. D’où leur envie, expérience faite, de refoutre le camp. Avec la conviction cette fois que si ce qu’ils attendent ne se trouve pas sur place, c’est forcément qu’il doit se trouver dans le Vieux Monde, à la source même du vrai Pognon, celui qui compte, fabrique des bombes, qui parachute l’humanitaire, dépêche des MSF, anime toutes les télés et produit les touristes, les Kodak, les bottes à cirer et le cirages lui-même. Bref, beaucoup rêvent de s’y rendre, un rêve qui est à l’origine d’un phénomène riche en rebondissements : l’IMMIGRATION Bien entendu, à peine arrivé, l’immigré a des problèmes de Fric. Surtout que, sans papiers, il ne pourra s’en faire qu’en "noir", hors des limites de la légalité. Ce qui va, paradoxalement, l’aider à se procurer le minimum vital.Ainsi, par exemple, la fesse immigrée ne paie pas d’impôts. Elle fonctionne à meilleur prix que la fesse locale inscrite à la Sécu. Surtout qu’en plus de ses tarifs, ce marché "noir "s’avère avec son exotisme très attractif aux yeux d’ex-vacanciers heureux de se retrouver dans le Tiers Monde sur le trottoir d’en face. Et c’est ainsi que des illégaux se font désirer et "soutenir "par des légaux — tout se passant ainsi dans ce qui s’appelle la MARGINALITÉ.Mais cela dit, la marginalité s’étend à d’autres secteurs. Autant de marchés "noirs "qui s’ouvrent, tous fonctionnant sur le principe du RECEL, recel dont on peut dire qu’il est pour le marché de détail l’équivalent de la colonisation pour le commerce en gros - la différence étant toutefois qu’au lieu de se développer ouvertement sous protection de l’Armée, il se pratique souterrainement sous la menace des Flics. Par exemple dans des caves où fabriquer des chemises à des prix sans concurrence qui seront sur le marché de la fringue l’équivalent de la fesse immigrée sur le marché de l’éros. Bref, les sans-papiers en arrivant se retrouvent dans une situation pire encore que celle qu’ils viennent de fuir. De sorte qu’une fois de plus ils rêvent d’ailleurs. Et puisque entre eux et cet ailleurs il y a des papiers, ils ne rêvent plus que de papiers - papiers dont ils attendent bien entendu qu’ils leur permettent d’enfin jouir des "Libertés" qu’assure le Bon Argent. Mais cela dit, lesdits papiers, ne se trouvent pas comme ça : il faut les mériter avant d’être jugé digne d’appartenir au Monde "humanisé "d’où sortent les bagnoles, les Airbus et le reste. Et pour les mériter, c’est comme pour les diplômes : il faut passer des examens - jury constitué par des Faucons et des Colombes, partisans de l’expulsion contre partisans de l’intégration, débats alimentés et arbitrés par le Pognon dont la neutralité est garantie du fait qu’il n’est encore une fois question que de Lui.

Bien entendu, Faucons - Colombes, tous ont sur les candidats à l’inscription dans les registres du Vieux Monde, l’avantage d’y être inscrits de naissance — un privilège qui leur confère automatiquement le droit de passer par des écoles leur permettant de gagner des bagnoles en même temps que leur survie. Si bien que l’immigré, même s’il a réussi à se faire inscrire, se voit le plus souvent réduit à devoir partager le sort des autochtones non diplômés - et à justifier du même coup l’existence et le développement de la Restauration du Cœur, une Organisation Non Gouvernementale (ou O.N.G.) mise sur pied par les Colombes et alimentée par de bonnes âmes.  

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